Suite au colloque autofiction de Cerisy dirigé par Claude Burgelin et Isabelle Grell, Laurent de Sutter a proposé à Chloé Delaume d'écrire un essai, « Politique de l’autofiction » pour sa nouvelle collection aux PUF. L'auteur nous donne des nouvelles sur l'évolution de ce projet sur son blog.

http://www.chloedelaume.net/remarques/index.php

  1. 219

Je ne dis pas que je le tiens, que ça y est, c'est limpide, mais je crois que je me rapproche. L'essai, je vais l'appeler Le Moi de Mars. L'autofiction comme arme, parce que le Je part en guerre. Il va falloir organiser tout ça, maintenant. Mais j'ai un peu moins peur. J'ai envie d'une structure assez expérimentale, mais j'ignore si c'est une bonne idée, il faut que ça serve le propos. Hier soir j'ai repotassé, Vincent Colonna, Philippe Lejeune, Philippe Vilain : sur l'autofiction, tout à déjà été dit, c'est ça qui m'angoissait.

J'ai décidé de dire je dedans. De mettre à nu le processus. D'être honnête, de ne pas jouer l'intello, je n'en suis pas une, ça sonnera faux. J'ai quelques heures devant moi avant d'aller enregistrer une émission de radio, je vais en profiter.

  1. 218

Des entretiens ces derniers jours, et la question de l'autofiction. Le genre à évolué, et c'est cette évolution que je veux traiter dans mon essai. Peut-être partir de Lacan : "Dès l'origine, le Moi est pris dans une ligne de fiction". Démontrer de quoi est faite cette ligne, et comment on s'arrange avec, quand on pratique. Une autre phrase de Lacan, dans un de ses séminaires : "La mort est du domaine de la foi (...) si vous n'y croyez pas est-ce que vous pourriez supporter cette histoire?". Cette "histoire", il est bien question de fiction.

Je n'ai toujours pas ma ligne directrice, mon titre, mon plan. Je tourne autour mais je sens que ça se rapproche. Poétique et politique plus présentes dans les autofictions d'aujourd'hui que dans celles des années 90. Le sensation d'une urgence, face à la dissolution du Moi dans la, les, fictions(s) collective(s). Ecrire une sorte de dialogue avec le Petit Robert, qui définit depuis 1977 "Récit mêlant la fiction et la réalité biographique". Lui expliquer pourquoi c'est plus que ça. Lui proposer des pistes, faire quelque chose de ludique, de joli, aussi. Préoccupations esthétiques, faire acte de littérature.

Les entretiens de ces derniers jours m'ont déstabilisée. Faire la part entre la biographie et la fiction, replonger dans le passé. Vérifier si la mémoire a triché, triche encore. Expliquer pourquoi j'affirme être un personnage de fiction, en quoi ça déplace la ligne. C'est souvent flou, parce qu'instinctif. Mettre du je dans cet essai, l'écrire en Je majeur. En faire en soi un objet autofictif, pas un ouvrage à part, certainement pas universitaire. Je ne suis pas universitaire, incapable de finir ma maîtrise, ma maîtrise sur Vian j'en ai fait un roman bien des années après.

Penser le titre de l'essai avec la notion de territoire. Délimiter ce territoire, la carte n'est pas, on connait la chanson. Une fois le titre trouvé, ça sera gagné. Il ne peut pas s'agir de plaidoyer à proprement parler, la défense pure du genre, sur cent pages, impossible. Pas envie que ce soit ça, le souffle. Plutôt une tentative de dépassement de la définition. Convaincre le Petit Robert de ce qu'il faut ajouter, c'est un peu court jeune homme, signifiez les enjeux.

(publié par Isabelle Grell)