Site de l'éditeur: Les Premières fois de Santiago H. Amigorena, P.O.L., 2016

Tout ce que nous découvrons adolescent, tout ce que nous n’avons jamais senti, jamais craint, jamais espéré, jamais fait, mais aussi tout ce qu’enfants nous avons déjà senti, déjà craint, déjà espéré, déjà fait, nous le percevons alors comme une première fois. Et la puissance précise de comprendre que ce sont des premières fois s’accompagne de la puissance infinie – qui n’existe qu’à cet âge béni – de croire qu’il y en aura d’autres, innombrables ; que chaque première fois sera suivie d’autres fois – qui ne seront pas premières mais qui, croyons-nous alors, nous procureront autant de plaisir, nous feront autant souffrir.

Ces premières fois, l’auteur et narrateur de ce livre nous les décrit minutieusement et lyriquement, au tournant des années 70, dans un Paris lycéen et en Grèce, en Italie, en Hollande, en Tchécoslovaquie, en Autriche, au gré de ses pérégrinations. Elles s’accompagnent d’une fièvre littéraire grandissante dont il a soigneusement consigné les plus forts moments. Et les pages s’accumulent, et l’idée d’écrire et l’écriture, l’amour de la littérature deviennent avec l’amour le centre d’une vie qui se vit tout autant qu’elle s’écrit, bouillonnante, effervescente, profuse, efflorescente. Si rien ici n’a été écrit qui n’ait été vécu, tout semble n’avoir été vécu que pour être écrit. Cela s’étend, s’envole, gouverne la vie, lui donne sens et beauté.

publié par Isabelle Grell