Grand Prix d’Angoulême 2022: Julie Doucet de l’underground au sommet de la bande dessinée par Daniel Muraz

Bon, pour le pronostic, on repassera. Mais Angoulême, ou du moins le collège des votants a déjoué les prévisions qui auraient plutôt vu Pénélope Bagieu auréolée du Grand Prix de cette année (ce n’est, cependant sans doute que partie remise). C’est donc la Québécoise Julie Doucet qui a été couronnée, devenant ainsi la troisième dessinatrice à intégrer cette « académie » du 9e art, après Florence Cestac (en 2000) et la mangaka Rumiko Takahashi en 2019.

Ce choix est aussi un beau symbole, saluant une autrice de 56 ans qui a cessé la bande dessinée en 1999 – pour s’orienter plus vers les arts graphiques – mais qui était dans l’actualité de cet automne avec la parution du gros recueil Maxiplotte (aux éditions l’Association), reprenant la quasi-intégralité des parutions de son comics culte Dirty Plotte, fleuron de la bande dessinée underground canadienne dans les années 90, mais aussi Ciboire de crisse, son premier album.

Comix underground québécois

Même si on peut ne pas s’enthousiasmer pour le genre devenu proliférant de l’autofiction, au fil de ses nombreuses histoires courtes, tranche de vie trash entre autobiographie et fiction fantasmatique, Julie Doucet a bâti incontestablement une œuvre très personnelle. Une œuvre laissée dans l’ombre des chroniques de la bande dessinée indépendante de l’autre côté de l’Atlantique, même si ces principales figures de proue – plus reconnues dans l’Hexagone – tels Chris Ware (Grand prix d’Angoulême l’an passé), Charles Burns ou Dan Clowes ne tarissait pas d’éloges sur elle.

Cette mise en lumière à Angoulême devrait donner l’occasion à un plus grand nombre d’aller voir, au moins par curiosité, ce météore québécois. Et on attend avec curiosité, aussi, de découvrir l’affiche qu’elle fera pour le prochain festival.

publié par Isabelle Grell