Christine Angot, de son vrai nom Christine Schwartz, est née le 7 février 1959 à Châteauroux. Après des études de droit (DEA de Droit international public à Reims), elle publie son premier texte, Vu du ciel, en 1990. Rapidement, Christine Angot propose une littérature centrée sur l’expression du moi et de l’intimité : « Je voudrais me faire connaître à tous intimement. J’ai toujours été incapable d’inventer » écrit-elle dans L’Usage de la vie. Tel est son projet, car Christine Angot a besoin de dire, de se dire, se redire souvent aussi, pour être. L’écriture est un élan qui tente de combler la fissure originelle que constitue l’inceste, omniprésent avant le roman qui en fera son titre. L’exposition, l’exhibition de soi passe nécessairement par là, dans le dit du viol par le père, même si l’auteur s’en défend : « Premièrement, je n’ai jamais écrit sur l’inceste. Le sujet ne m’intéresse pas. » Le sujet ne l’intéresse pas, mais il s’impose, entre autre, dans L’Interview (1995), L’Inceste (1999) et Peau d’Âne (2003). Dans L’Usage de la vie, Angot pose d’ailleurs la question : « Aurais-je écrit sans cela ? Puis-je écrire autre chose que cela? »

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Le « je » est pratiquement toujours chez Angot le personnage principal. Dans L’Inceste, elle lève le voile pudique qui pèse sur l’intimité en proposant le récit d’une histoire d’amour homosexuelle avec une pneumologue et en dévoilant explicitement son inceste. La sexualité y est présentée sans fard, dans un langage cru qui ne supporte pas le détour : « Elle m’en parle très peu mais de temps en temps, elle me dit qu’elle a de la peine que je ne la lèche jamais. Je lui lèche les bras, le ventre, le buste, souvent. Plus bas je ne peux pas la voir, c’est ce que je n’aimais pas. » De même, dans L’Usage de la vie, elle note : « Mon sexe dans l’idéal, c’est ce que je voudrais décrire. Pourquoi ne pas le montrer ? » Puisqu’elle a décidé de tout dire, alors elle y va, sans diversion, ne se préservant de rien. Le corps prend dans ses textes une place centrale puisqu’il est le premier acteur de la relation érotique : « Le corps entrain de vivre, en train de vibrer, voilà ce qu’il faudrait raconter. Jusqu’à ce que l’écriture elle-même soit cette vie. » Mais le corps, c’est aussi un enjeu de l’écriture du moi comme Angot le rappelle dans Sujet Angot : « Tu te veux écrivain, mais plus comme dans L’Usage de la vie, incomplète, partielle. Tu te veux écrivain avec un corps, un sexe, une vraie vie ». Dans la lignée de Michel Leiris, Christine Angot se met véritablement à nu dans son œuvre, s’implique « corps et âme » dans cette logique du dévoilement de soi et pourrait prendre à son compte la célèbre phrase de l’auteur de L’âge d’homme : « mettre son cœur à nu, écrire ce livre sur soi-même où serait poussé à tel point le souci de sincérité que, sous les phrases de l’auteur ‘le papier se riderait et flamberait à chaque touche de la plume de feu’.»

Que dire du genre des œuvres de Christine Angot ? A priori, ce sont des autobiographies, plus précisément des autofictions puisque des particules de fiction s’entremêlent aux faits vécus (par exemple, à la fin de Léonore, toujours (1993) l’enfant venait à mourir) et qu’elle qualifie génériquement ses œuvres de roman en dépit du pacte autobiographique qui se manifeste toujours de manière claire. Mais Angot refuse cette étiquette générique comme elle le déclare lors d’un entretien : « Le terme d’autofiction ne me va pas du tout. Qui dit autofiction dit personnage. Chez moi, il n’y en a pas. »

Quoi qu’il en soi, elle est aujourd’hui un auteur qui compte dans le champ littéraire français, faisant de l’écriture une expérience qu’elle vit de manière intense.

Bibliographie :

- Un amour impossible, Paris, Flammarion, 2015.

- La petite foule, Paris, Flammarion, 2014.

- Une semaine de vacances, Paris, Flammarion, 2012.

- Les Petits, Paris, Flammarion, 2011.

- Le Marché des amants, Paris, Seuil, Cadre rouge, 2008.

- Rendez-vous, Paris, Flammarion, 2006. (Prix de Flore 2006)

- Peau d’âne, Paris, Stock, 2005.

- Une Partie du cœur, Paris, Stock, 2004.

- Les désaxés, Paris, Stock, 2004.

- Pourquoi le Brésil ?, Paris, Stock, 2002.

- Normalement suivi de La Peur du lendemain, Paris, Stock, 2001.

- Quitter la ville, Paris, Stock, 2000.

- L’Inceste, Paris, Stock, 1999.

- Sujet Angot, Paris, Fayard, 1998.

- L’Usage de la vie incluant Corps plongés dans un liquide, Même si, Nouvelle vague, Paris, Fayard, 1998.

- Les Autres, Paris, Fayard, 1997.

- Interview, Paris, Fayard, 1995.

- Léonore toujours, Paris, Gallimard, 1993.

- Not to be, Paris, Gallimard, 1991.

- Vu du ciel, Paris, Gallimard, 1990.

Arnaud Genon